Lettre 3 : DNC, pour mieux comprendre
La DNC, Dermatose nodulaire contagieuse : un sujet qui n'intéresse pas a priori la population en général car il ne concerne pas la population en général. On parle là d'une maladie de bovins (Comme beaucoup d'autres maladies dont on ne parle jamais) non transmissible à l'homme. Pourtant, voilà un sujet devenu celui de millions de français et françaises qui s'y sont intéressés, ont interrogé, émis des avis, partagé l'émotion...
Nous ne sommes pas concernés par la maladie dans nos contrées mais nous pouvons vous donner quelques éléments-repères et finalement, notre point de vue, éclairé par quelques connaissances et l'expérience. Une lettre d'informations "spéciale", mais impossible de parler sous tous les angles car le sujet est à entrées multiples donc voici quelques éléments essentiels de ce qui est robuste et qui détermine ou devrait déterminer la conduite à tenir.
Le transport, grand responsable de la propagation. Les insectes piqueurs (mouches principalement), qui sont infectés par un bovin porteur du virus contaminent, en les piquant, des bovins sains, et leur transmettent la maladie. Ces mouches ne circulent que sur quelques kilomètres dans leur vie, trois à cinq maximum, donc la responsabilité de ces insectes, sortes de "seringues volantes", dans la propagation de la maladie est très faible.
Ce qui a déplacé la maladie, c'est le transport d'animaux d'une région à l'autre. Une ou deux mouches infectées transportées sur un bovin ou dans la cabine du chauffeur et c'est parti vers d'autres contrées ! La conséquence est que depuis plusieurs semaines, dans le grand ouest, non touché mais comptant beaucoup d'élevages, Pays de Loire, Normandie, Bretagne entre autres, beaucoup d'éleveurs réclament l'interdiction totale d'y faire entrer des bovins venus des zones réglementées et des départements limitrophes de ces zones vers des élevages d'ici. Nous avons du mal à être entendus. Les responsables départementaux des questions de santé animale et la Préfecture veulent en rester à la "recommandation" ce qui est évidemment peu efficace, d'autant plus que le prix de vente des bovins proches des régions contaminées a fortement baissé, rendant attractif l'achat de ces bovins. A ce jour, il est donc interdit de commercialiser des bovins issus des zones règlementées (Là où des élevages sont ou ont été contaminés), mais il est seulement "recommandé" pendant deux mois, de ne pas commercialiser des bovins issus des régions administratives contenant les zones règlementées. Donc, recommandé de ne pas commercialiser des bovins venus de Nouvelle Aquitaine, Occitanie, Auvergne Rhône-Alpes et Bourgogne Franche-Comté donc en théorie, de la moitié de la France. Mais c'est seulement recommandé ... En conséquence, il est possible que de nouveaux foyers se déclarent dans de nouvelles zones non atteintes à ce jour à cause du transport d'animaux vivants ! Les animaux qui circulent sont des groupes d'animaux déplacés vers des abattoirs mais surtout d'élevage à élevage.
Vacciner tout le troupeau français ? Compte tenu de ce qui est écrit dans le paragraphe précédent, notre point de vue est que cette interdiction de transport est essentielle pour stopper la propagation puisque c'est la principale cause de la diffusion et que la vaccination intégrale de tout le troupeau de France n'est pas une solution prioritaire. Ni raisonnable, ni indispensable, ni réalisable dans un délai efficace de toutes façons.
Vacciner dans les zones touchées est en revanche une mesure sage. Mais avec des effets parfois difficiles à accepter par les éleveurs et le grand public : des animaux qui ont commencé eux-mêmes à développer une réaction immunitaire et qui reçoivent une dose de vaccin qui va lui aussi stimuler une autre réaction immunitaire (mais pas tout à fait du même type car le vaccin est un virus "atténué"), peuvent se retrouver malades. C'est la situation dans laquelle on dit : "Il a été vacciné et il est quand même malade voire il meurt".
Enfin, choisir la vaccination intégrale des bovins entraînerait l'interdiction d'exporter non seulement la viande bovine française mais également tous les produits laitiers pendant une durée que je ne connais pas. Autant dire l'effondrement de l'agro-alimentaire français et par là de l'agriculture, sauf les céréales.
Gérer ou éradiquer ? Chez les bovins infectés, la maladie s'exprime dans les 25 à 30 jours. Le temps d'incubation est donc malheureusement long, ce qui ne facilite pas la gestion de la maladie et son cantonnement spatial, car des animaux asymptomatiques mais contaminés cohabitent avec des malades. C'est la principale raison pour laquelle, pour l'instant, l'euthanasie totale des troupeaux dans lesquels un ou des bovins exprimant la maladie sont détectés a été la solution retenue. En effet, plus de la moitié d'un troupeau dans lequel quelques malades sont identifiés est porteur et contaminant. La plupart des éleveurs qui ont été concernés l'ont compris et ont accepté la décision de l'euthanasie, "pour protéger d'autres troupeaux voisins" selon le témoignage d'une éleveuse entendue. Bien sûr, inutile de nier que des bovins non contaminés ont été euthanasiés... Le rapport bénéfices / risques s'applique. Cependant, il faut savoir que dans une même ferme, si deux groupes d'animaux sont localisés sur des sites géographiques différents, à quelques kilomètres l'un de l'autre (beaucoup d'élevages ont deux sites géographiques, un pour les vaches et l'autre pour les génisses, ou bien un pour le laitier et un pour la viande), seul le troupeau contaminé est euthanasié. L'euthanasie d'un troupeau, difficile à accepter est une réponse à une situation d'urgence.
10 % de mortalité. C'est le chiffre avancé, et nombre de voix (de non éleveurs le plus souvent) se sont élevées en disant que ce n'était pas si grave que cela. C'est vrai, mais qui pense à l'agonie de l'animal ? Personne n'a décrit la fin de vie de ces animaux atteints non seulement sur leur peau mais progressivement dans leurs organes internes. On ne parle pas concrètement de comment on fait avec 10 % du troupeau gravement malade, qui ne peut plus se lever, que l'on doit traire à la main en situation couchée dans la phase finale, que l'on doit regarder souffrir... Bien-être animal que cette agonie ? Bien-être de l'éleveur ? Quelques animaux s'en remettraient sans doute, mais pas tous. Les vétérinaires sont formels sur ce point. C'est une maladie bovine grave.

Sur cette carte de la situation fin décembre, nous sommes situés au petit point bleu dans le nord-ouest.
En conclusion, nous espérons que des décisions à tous niveaux, fondées dans des connaissances et des concessions bien sûr, vont trouver leur chemin sans que tout s'emmêle et ne dégénère davantage que ce que nous avons déjà vu et déploré. L'objectif fixé par la Ministre et les services de l'Etat, à savoir "l'éradication de la maladie", ne sera pas atteint et ce n'est pas grave. La maladie va être contenue par le faisceau d'outils mis en place et nous vivrons avec ce risque comme avec beaucoup d'autres. En bovins, il y a peu de vaccinations obligatoires en France sauf pour les éleveurs qui exportent. N'hésitez pas à nous poser des questions. Nous répondrons ou chercherons la bonne réponse.
Si vous voulez compléter sur le sujet : https://www.agroeconomie.com/single-post/dnc-ne-m%C3%A9langeons-une-contestation-du-syst%C3%A8me-et-l-urgence-sanitaire